Une odeur de lavande qui nous apaise, celle d’un gâteau qui fait surgir instantanément un souvenir d’enfance, le parfum d’une personne qui nous est chère… Les odeurs ont cette capacité étonnante à provoquer des émotions parfois très intenses, souvent même avant que nous ayons eu le temps d’identifier consciemment ce que nous sommes en train de sentir !
Longtemps considéré comme un sens secondaire, l’odorat est pourtant intimement lié au fonctionnement de notre cerveau. Il intervient dans nos émotions, notre mémoire, notre alimentation et même dans certaines réponses physiologiques de notre organisme.
Mais comment quelques molécules odorantes peuvent-elles exercer une telle influence sur nous ?
J’ai eu le plaisir d’échanger avec Hirac Gurden, directeur de recherches en neurosciences au CNRS et spécialiste de l’olfaction, dans le cadre de ma collaboration avec la revue Plantes & Santé. Depuis plus de vingt ans, il étudie les mécanismes qui permettent à notre cerveau de percevoir et de traiter les odeurs.
Dans son ouvrage Sentir. Comment les odeurs agissent sur notre cerveau, il nous invite d’ailleurs à découvrir ce sens longtemps sous-estimé et pourtant profondément connecté à notre vie.
Je vous propose ici de découvrir quelques-unes des idées fortes de notre échange !
L’odorat, un sens intimement lié aux émotions
Parmi nos cinq sens, l’odorat possède une particularité remarquable : les informations olfactives empruntent des circuits cérébraux étroitement connectés aux régions impliquées dans les émotions et la mémoire. C’est notamment ce qui explique le pouvoir émotionnel si particulier des odeurs.
Une simple senteur peut ainsi nous ramener des années en arrière, faire surgir un souvenir avec une étonnante précision ou encore provoquer instantanément une sensation de plaisir ou de dégoût.
Selon Hirac Gurden, cette connexion privilégiée entre odorat, émotions et mémoire explique également pourquoi certaines odeurs peuvent avoir des effets très rapides sur notre état physiologique.
Lorsqu’une odeur est perçue comme agréable, comme celle de la lavande par exemple, les neurones qui la reconnaissent transmettent un signal à différentes régions du cerveau.
Cette intégration cérébrale ne reste pas sans conséquence sur notre corps : elle peut notamment entraîner un ralentissement du rythme cardiaque et une baisse de la pression artérielle, favorisant ainsi un état d’apaisement.
C’est cette connexion entre le cerveau, les émotions et le corps qui permet notamment de comprendre l’intérêt de l’olfaction dans certaines approches de bien-être, dont l’olfactothérapie.
Les huiles essentielles, particulièrement riches en molécules aromatiques volatiles, constituent ainsi un outil intéressant pour stimuler notre système olfactif et ainsi, agir véritablement sur nos émotions. Ce n’est pas de la magie : c’est de la science !

Quand l’odorat disparaît
La pandémie de Covid-19 nous a brutalement rappelé l’importance de notre odorat. Pour certaines personnes, la perte de ce sens a été temporaire ; pour d’autres, les troubles olfactifs ont persisté bien plus longtemps. Or, perdre l’odorat ne signifie pas seulement ne plus pouvoir apprécier un parfum ou une odeur agréable.
Notre odorat participe au plaisir alimentaire, à la perception de notre environnement et aux souvenirs associés aux odeurs. Il joue également un rôle important dans notre sécurité, puisqu’il nous permet notamment de détecter la fumée, le gaz ou encore certains aliments impropres à la consommation.
La perte de l’odorat constitue donc un véritable handicap au quotidien.
Mais une particularité fascinante du système olfactif ouvre une piste particulièrement intéressante : nos neurones olfactifs se renouvellent tout au long de notre vie. C’est précisément sur cette capacité que repose la rééducation olfactive !
Hirac Gurden a participé, avec l’association française Anosmie.org, à l’adaptation d’un protocole permettant de stimuler régulièrement le système olfactif et de pratiquer cette rééducation directement chez soi.
Le principe est simple : il consiste à sentir quatre odeurs différentes, matin et soir, pendant cinq minutes, durant trois mois.
Et les résultats sont particulièrement encourageants : en suivant correctement le protocole, 80 % des personnes constatent une amélioration de leurs capacités olfactives !
La stimulation régulière du système olfactif favorise notamment le renouvellement des neurones olfactifs et la création de nouveaux récepteurs. Le protocole est aujourd’hui de plus en plus connu et recommandé par certains médecins ORL.
Il est également accessible gratuitement sur le site de l’association Anosmie.org, ce qui permet aux personnes concernées de pratiquer cette rééducation à domicile.
L’odorat ne sert pas seulement à sentir…
Les recherches menées par Hirac Gurden nous emmènent encore plus loin. Son équipe s’intéresse notamment aux liens entre odorat et métabolisme.
Nous savons que notre sensibilité aux odeurs alimentaires augmente lorsque nous avons faim. Ce mécanisme, hérité de notre évolution, permettait notamment de faciliter la recherche de nourriture.
Mais les chercheurs ont découvert que les odeurs alimentaires peuvent également agir sur notre organisme avant même que nous ayons commencé à manger !
Une nouvelle perspective de recherche intéressante pour le futur, à travers l’étude de ce sens, si longtemps ignoré – voire méprisé – qu’est l’odorat.
Pour en savoir plus, l’interview complète que j’ai eu la chance de menée avec le chercheur Hirac Gurden sera à retrouver dans le numéro d’octobre de Plantes & Santé.