Dès la belle saison, elle borde nos chemins et habille nos champs de ses magnifiques fleurs bleu profond : il s’agit de la chicorée (Cichorium intybus), bien sûr !
Cette plante commune de nos campagnes, est avant tout connue pour son action sur le système digestif, mais serait-elle aussi intéressante pour notre cœur ?
C’est ce que suggère une étude récente parue sur PubMed, qui a exploré le potentiel cardioprotecteur de la chicorée dans un modèle expérimental.
Zoom sur cette plante médicinale aux multiples propriétés… et éclairage sur cette publication scientifique intrigante !

Un peu de botanique…
La chicorée est une plante vivace de la famille des Astéracées (pissenlits, artichauts, endives cultivées, etc.). Elle possède une racine pivotante longue et robuste, pour laquelle elle est d’ailleurs cultivée. À la cassure, on observe un latex blanc, caractéristique de certaines plantes amères de cette famille.
Ses feuilles basales, lobées et dotées d’une nervure centrale épaisse, sont assemblées en rosette. Les tiges florales élancées portent généralement plusieurs fleurs bleues caractéristiques, ou plus rarement blanche (photo ci-dessous), qui apparaissent de juillet à septembre.
La chicorée se développe principalement dans les milieux ouverts (champs et prairies), car elle a peu d’exigence mais a besoin de soleil pour se développer ! Elle se satisfait par contre sol sec et argileux. Elle est aussi mellifère, offrant du nectar aux abeilles et aux pollinisateurs au cours de l’été.
En définitive, la chicorée est à la fois facile à reconnaître, utile aux pollinisateurs mais aussi médicinale et comestible !
Plante du système digestif et du métabolisme
Si la chicorée est traditionnellement associée au foie et à la digestion, ce n’est pas un hasard. Sa richesse en principes amers stimule les fonctions digestives, tandis que ses constituants spécifiques expliquent en grande partie ses propriétés médicinales.
La racine de chicorée est particulièrement riche en inuline (50 à 60% des constituants), un polysaccharide appartenant à la famille des fructanes. Contrairement à l’amidon, l’inuline n’est pas digérée dans l’intestin grêle : elle arrive intacte dans le côlon, où elle sert de substrat aux bactéries du microbiote.
Résultat :
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stimulation des bifidobactéries
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production d’acides gras à chaîne courte
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amélioration du transit
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modulation du métabolisme glucidique et lipidique !
Cet effet prébiotique explique en partie l’action régulatrice de la chicorée sur le transit intestinal, mais aussi son intérêt plus global sur le terrain métabolique.
La chicorée contient également plusieurs acides phénoliques, dont :
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l’acide chicorique
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l’acide chlorogénique
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l’acide caféique
Ces molécules sont reconnues pour leur activité antioxydante : elles contribuent à neutraliser les radicaux libres et à limiter le stress oxydatif.
Or, le stress oxydatif joue un rôle central dans :
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le vieillissement cellulaire
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l’inflammation chronique
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l’altération des tissus, notamment vasculaires
La présence de ces composés confère donc à la plante un potentiel protecteur au-delà du simple système digestif.
Enfin, la chicorée est surtout réputée pour apporter un soutien hépato-biliaire. Comme de nombreuses Astéracées, cette dernière possède des principes amers (lactones sesquiterpéniques) qui sont à la fois :
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cholérétiques (stimule la production de bile)
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et cholagogues (facilite son évacuation)
Ainsi la chicorée est une plante majeure de la détox du foie — organe central du métabolisme des lipides et de la détoxification — participant indirectement à l’équilibre métabolique général.
Elle est également diurétique et serait à la fois hypoglycémiante [1] et hypocholestérolémiante [2].

Et si la chicorée protégeait aussi le cœur ?
C’est précisément ce qu’a exploré une étude récente parue sur PubMed ce 5 février 2026 [3].
Dans ce travail expérimental mené chez l’animal, des chercheurs ont étudié l’effet d’un extrait de chicorée sur des lésions cardiaques induites par la doxorubicine, un médicament chimiothérapeutique connu pour sa toxicité cardiaque.
Les résultats ont montré :
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une amélioration de la fonction cardiaque
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une réduction des lésions du tissu myocardique
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une diminution du stress oxydatif
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une baisse de l’inflammation
Les mécanismes évoqués incluent notamment :
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une modulation de protéines mitochondriales impliquées dans la production d’énergie
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une inhibition de l’inflammasome NLRP3, acteur clé de l’inflammation
Autrement dit, l’extrait de chicorée semble protéger les cellules cardiaques en limitant les dommages oxydatifs et inflammatoires.
Attention : Il s’agit bien sûr d’un modèle expérimental animal. Ces résultats ne signifient pas qu’une infusion de chicorée protège directement du risque cardiovasculaire chez l’humain.
Mais ils ouvrent des perspectives intéressantes pour la recherche et pourquoi pas de futures explorations pour découvrir de nouveaux traitements naturels.
Comme souvent en phytothérapie, ce sont les plantes les plus communes qui nous surprennent et nous offrent finalement de nouvelles perspectives !
[1] « Effect of kidney bean and chicory diets on control of blood sugar in diabetic rats ». KOWSAR MEDICAL JOURNAL, Spring 2001